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[Jour 80] Prière d'une Sorcière ♦ Chevalier

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Béni
Lun 29 Aoû - 18:37

Sorcière s'était débrouillée pour fabriquer elle-même un petit autel en argile, creux, dans lequel elle avait tenté tant bien que mal de fabriquer une croix en bois, pas très droite, rugueuse et pleine d'échardes d'avoir été ni polie ni vernie. C'est qu'elle n'avait ni beaucoup de moyen, ni grand choix. Cet endroit ne semblait pas avoir d'église ni de croix. N'était-ce pas normal ceci dit ? Elle était en Enfer, l'Enfer et sa chaleur étouffante, l'Enfer et ses flammes qui la dévoreraient tôt ou tard, et si ça n'était pas l'Enfer, alors c'était le purgatoire.

Trois jours qu'elle y avait passé. L'argile sous ses ongles autrefois si propres et vierge de tout travail, ses doigts qui n'avaient connu de pire que la maladresse d'une aiguille mal maîtrisée étaient maintenant recouvert de terre et de quelques échardes, douloureuses - une douleur qui lui rappelait sans cesse où elle était. Mais au moins avait-elle terminée, ce petit autel qui lui permettrait de prier, de demander pardon, de se repentir.

Sorcière s'agenouilla à même le sol et joignit les mains pour s'adresser à Lui. Oh ! Comme elle avait tant à lui dire ! Tant de questions, pour des réponses qui ne viendraient sans doute jamais. Se donnait-Il seulement la peine de l'écouter, elle qui avait tant pêché ? Elle, qui fut si fidèle autrefois, s'était tournée vers le Malin parce qu'Il l'avait abandonnée ?

Après avoir psalmodié quelques prières de bienséances, les mains jointes sur son pendentif lui-même en forme de croix, Sorcière ferma les yeux et commença sa longue conversation avec Lui.

« Seigneur, je comprends votre jugement. Dans mon égarement et ma tristesse, j'ai oublié que j'étais avant tout Votre servante et Votre création. Que je n'ai pas a lutté contre le sort qui m'est destiné. J'ai ignoré vos avertissements, pensant pouvoir lutter... Si Vous ne m'avez pas accorder le don de mettre au monde, c'était un signe n'est-ce pas ? »

Car Il décidait de tout, qui vivait, qui mourrait. Tel était la volonté de Dieu.

« Chaque jour, je fais pénitence. Chaque jour, il me sera impossible d'oublier ma vraie nature. On me nomme désormais Sorcière, pour que je n'oublie jamais que je suis une femme, que j'aurai du rester à ma place et ne pas céder à la tentation, à entraîner les autres dans ma chute... Que j'ai tenté de pactiser avec le Malin et qu'on m'a bien fait payé pour cela. Je regrette, oh comme je regrette, car j'ai maintenant tout perdu, tout sauf ma foi... »

Et celle-ci devait être inébranlable, il ne lui restait plus que ça, cet infime espoir d'être pardonnée, sauvée.

« Ma condition, je la comprends, et je l'accepte... Je serai punie aussi longtemps que Vous le jugerez nécessaire. Je Vous demande pardon... De ces pardons qu'on accorde aux plus fidèles. J'ai tout fait pour honorer mon père et ma mère. Je n'ai commis ni vol, ni meurtre, ni adultère... »

Elle hésita légèrement à la fin de sa phrase. Une question lui brûlait les lèvres, lui chatouillait la langue. Mais il fallait qu'elle en parle. Ici, elle n'avait ni proches, ni alliés, ni confesseur. Juste Lui et seulement Lui.

« Seigneur, pourquoi avoir puni Chevalier ? Il vous a toujours été fidèle, mena guerre et croisades en Votre nom... Jamais il n'a pêché, jamais il n'a commis d'écart. Pourquoi l'avoir condamné à aimer du jour au lendemain et tout oublier au petit matin ? Il est si volage, certes pas encore marié, mais il est si différent. Comme... Comme s'il avait perdu la foi. Comme si tout ce qui l'intéressait désormais, c'était un peu de passion, une étreinte fugace, un baiser volé... »

Sorcière secoua la tête. Chevalier aimait homme comme femme, vieux comme enfant. Elle n'y avait pas cru, mais elle l'avait vu, et c'était indéniable. Il aimait d'un amour fou, il était éperdu, peu importe la personne, et le lendemain, il oubliait et jetait son dévolu sur quelqu'un d'autre. Il n'avait rien à voir avec son ami d'enfance, "l'étoile de ses nuits". Pire encore, il avait tout oublié d'elle. Il savait qu'il a été chevalier, qu'il avait un frère, il se souvenait même du nom de leur nourrice, mais elle ? Effacée, raturée, comme l'on déchirait la page indésirable d'un livre. Était-ce pour ça qu'il ne se rappelait vraiment plus ? Avait-elle été indésirable dans sa vie ?

« Est-ce encore une punition ? Il est vrai que j'avais encore l'espoir qu'il soit là pour moi, et qu'il me protège... Mais je n'ai jamais voulu qu'il finisse comme ça, jamais ! Et je Vous jure, je Vous jure, je n'éprouve qu'une affection innocente envers lui... Je ne l'aime point d'amour comme j'aime mon mari ! Je n'ai point commis d'adultère, ni dans mon corps, ni dans mon esprit, ni dans mon âme... Seigneur, j'accepterai tout châtiment que vous m'infligerez, toutes les épreuves que vous me ferez endurer... Mais par pitié, épargnez Chevalier. Rendez-lui son honneur. »

Ce vœu, elle l'avait formulé tellement de fois déjà... Depuis huit ans plus précisément, depuis qu'il était loin d'elle. 'Protégez-le, protégez-le, Seigneur !' et voilà que maintenant il la forçait à assister à sa descente grotesque vers l'infidélité, la passion, la luxure.

« Vous me faites souffrir quand je suis loin de lui, mais pourquoi me soulager quand je m'en rapproche ? À moins que vous ne vouliez que je fasse à nouveau pénitence en le voyant aux bras d'inconnus qu'il aimera bien plus qu'il ne m'a jamais aimé... Seigneur, je souffre aussi bien auprès de lui que loin de lui. Est-ce là donc Votre volonté ? »

Oh Dieu, odieux. Elle souffrait, comme elle souffrait. Mille aiguilles qui s'enfonçaient un peu plus dans sa chair quand il s'éloignait. Mille autres qui attaquaient son âme quand elle le voyait batifoler. Douleur physique, douleur psychique, cela ne faisait que quelques jours et déjà Sorcière souffrait le martyr.

Elle était en Enfer.

Et elle l'avait bien méritée.

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Béni
Jeu 1 Sep - 13:44
Chevalier titube un peu en rentrant chez lui. Quelle heure est-il ? Enfin, quel tour de sablier, pour parler l'idiome local ?

Il ne le sait pas et à vrai dire il s'en fiche, les souvenirs de sa soirée remontent l'échine de ses pensées. Il l'a rencontré sur la place du sablier. Il observait, seul, l'énorme chose qui trône en son centre, se demandant si elle était création d'homme ou Dieu, quand elle lui rentra dedans.

Ses cheveux étaient de flammes et son sang de lave, littéralement, mais ce n'est pas ça qui le frappa chez elle, non, ce qui le frappa en premier ce fut la foudre amoureuse. Jamais il n'avait aimé ainsi du premier regard, une passion dévorante, aussi brûlante que le corps de sa compagne qui d'abord inquiète pour sa santé, avait accepté avec joie de racheter sa ''faute'' en lui tenant compagnie lors de la soirée.

Ses yeux furent deux braises dans la nuit tandis qu'ils mangeaient à la taverne. Il l'écouta éperdument tandis qu'elle parlait, lui expliquant qu'elle avait entendu des rumeurs sur lui, sur ses amours d'un soir. Maintenant qu'il y repense, ce sont des paroles bien étranges même pour une démone, lui ne porte aucun souvenir d'un autre amour qu'elle, il n'en portera plus jamais d'autre d'ailleurs, il en est certain.

Sa main eut la chaleur du soleil tandis qu'ils s'enivraient d'un alcool fort, fait à base de cactus d'après le tavernier qui se refusa cependant à en dire plus. A partir de là la mémoire de Chevalier est brouillé, avaient-ils finit le repas ? Il ne s'en souvient plus. Elle l'avait entrainé sa démonette, dans les rues, pour danser, pour chanter, pour vivre. De ça en revanche, il en était sûr.


« Si ce n'est qu'un soir pour toi et que le matin t'apportera l'oublie, alors je me dois de m'en souvenir pour deux n'est-ce pas ? »

Lui avait-elle murmurée en l'entrainant toujours plus loin dans le quartier des démons et lui, sans comprendre, l'avait suivis, heureux.

Jamais il n'eut connus pareil femme, d'ordinaire elles étaient créature timides et soignées et si il n'avait jamais pratiqué réellement la cour, les histoires parlaient d'heures, de jours, passées avant de n'avoir ne serait-ce que le droit de croiser leur regard.

Ses lèvres furent aussi chaudes que le feux du dragon quand elles se posèrent sur les siennes. Ce fut au détours d'une ruelle, comme si elle avait voulu l'avoir par surprise pour la première fois. Et à cette première, s'enchaina une deuxième et une troisième. C'était aussi dévorant que la soif, il avait besoin de la sentir prêt d'elle, de sentir leurs être communier par la chair. Il en avait oublié toute convenance, toute morale tandis qu'elle brulait ses lèvres puis posait son fer rouge dans son cou et sur ses épaules, le marquant pour lui signaler qu'il était à elle. Et elle seule. Pour un soir.

Et avant qu'il puisse comprendre, ce fut le dernier baiser. Ils étaient sur le seuil de sa demeure, reconnaissable aux marques de mains brulées sur le chambranle de la porte. Pendant un instant il la vît hésiter, mais ce fut sans doute le jeu qui l'emporta sur le désir car la femme braise disparue avec un
« adieu » et sa porte se referma, laissant Chevalier seul, assouvit et pourtant assoiffé. Combien de temps avaient-ils dansé et joué ? Il ne pu s'en rappeler.

Il avait juste hâte d'être demain pour la revoir, tellement hâte qu'il en oublia l'existence de l'autre. Jusqu'à ce qu'il pousse la porte et tombe sur elle, agenouillée, en train de prier devant l'autel. Comme d'habitude se concentrer sur son existence était difficile, même si ils devaient partager la même maison. Pourquoi d'ailleurs ? Pourquoi fallait-il qu'elle soit toujours là ?

Il l'avait encore oublié, non pas qu'il fut d'humeur à s'en souvenir de toute manière, alors il tenta de fuir afin trouver refuge dans sa chambre.
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Béni
Dim 2 Oct - 14:28

Un bruit, faible mais bien présent, sortit Sorcière de ses pensées. Elle ne savait pas à quoi s'attendre en se retournant, mais évidemment qu'il s'agissait de Chevalier. Elle se disait amèrement, qu'au moins, ce n'était pas une de ces femmes de petite vertu qui allaient et venaient, une différente chaque jour. Dire qu'elle était obligée de faire dans cette maison remplie de vice et de péchée pour ne serait-ce que respirer sans avoir mal... C'était un supplice, vraiment.

Mais Sorcière n'était pas cruelle. Sorcière gardait encore dans son esprit et dans son coeur un souvenir plus tendre de Chevalier, quand il n'est pas encore devenu comme ça. C'était un jeune homme droit et pieux, qui lui avait apporté beaucoup de bonheur et de tendresse, il fut un temps. Aujourd'hui aussi, elle devait prier pour sa sanité et son salut.

« Vous devriez venir prier vous aussi. Seul Lui pourra vous sauvez de cet Enfer... »

Et peut-être que s'il priait assez fort, il recouvrerait la mémoire. Sorcière ne comprenait toujours pas pourquoi Chevalier semblait avoir effacé toute trace d'elle de sa mémoire. Ils ne s'étaient pas quitté en bon terme mais elle avait toujours voulu se racheter, seulement il ne lui en avait jamais laissé l'occasion.

Et peut-être qu'il lui avait retiré la possibilité de le faire à jamais.

Elle lui tendait la main, mais il la rejetait encore et sans cesse, sitôt qu'une femme entrait dans son champ de vision. Oh, Sorcière n'était pas jalouse, elle portait encore Aîné dans son coeur, et le porterait toujours, ça ne l'empêchait pas d'être attristée de le voir dans cet état pour une raison qui lui échappait.

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